
Un billet à bas prix pour Milan, un van garé face à l’Atlantique, un train qui file dans la nuit… Le voyage commence souvent par une scène simple, une projection d’ailleurs. Le rêve nomade n’a jamais été aussi fort : changer d’air, se sentir libre, découvrir d’autres cultures, revenir chargé de récits et de clichés. Certains rêvent de sommets enneigés, d’autres de mer turquoise… Mais dans le même élan, peut-on encore céder à cette soif d’horizons tout en prenant soin de la planète ?
La crise sanitaire aura permis de laisser un peu de répit au ciel. Cependant, les avions ont bel et bien repris leur envol avec près de 5 milliards de passagers attendus en 2025 selon l’Iata. Si le transport aérien ne représente « que » 3% des émissions mondiales, il incarne à lui tout seul le dilemme du voyage moderne pratique, abordable, rapide… et terriblement polluant.
En Suède, le mouvement flygskam – « honte de prendre l’avion » – avait bousculé les habitudes dès 2018. Une taxe modulée sur la distance avait même entraîné une baisse de 35 % du trafic intérieur. Néanmoins, sa suppression en juillet 2025 souligne à quel point l’avion reste un plaisir dont peu acceptent de se priver. La solution la plus éco-responsable serait alors de privilégier un seul grand voyage lointain sur une durée plus longue plutôt que multiplier les petits allers-retours.
Pour ces courtes distances, d’autres moyens de locomotion à l’image du train, du bus, de la bicyclette sont encouragés avec un impact carbone 10 à 50 fois inférieur à l’avion. S’ils séduisent de plus en plus d’explorateurs, résiste un hic… Le prix. Le constat est particulièrement frappant sur les liaisons intra-européennes. Selon une étude regroupant plusieurs associations comme Greenpeace, Réseau Action Climat, etc, emprunter les voies ferrées plutôt que les airs vous coûterait en moyenne 2,5 fois plus cher. Par exemple, pour un trajet Marseille-Londres vous trouverez un billet d’avion à 15 euros tandis que le compteur affichera 188 euros pour le même voyage en train sur le même jour. De quoi refroidir même si la tendance s’inverse lorsqu’il existe des liaisons ferroviaires directes toujours selon le rapport… Pas toujours véridique lorsque l’on voit s’afficher les tarifs des billets tout juste mis en vente pour Noël… Réservez vite !
Deux ans auparavant, ils semblaient renaître dans l’obscurité. Prêts à nous offrir une autre temporalité. S’endormir quelque part, se réveiller ailleurs comme par magie… Pourtant, c’est déjà le clap de fin pour les liaisons Paris-Berlin et Paris-Vienne. Faute de subvention de la part de l’Etat français, elles cesseront de rouler à la fin de l’année. Une décision absurde pour Dominique Ferréol, membre du collectif Oui au train de nuit : « Trois liaisons par semaine c’était déjà trop peu et on ne peut même pas réserver via la SNCF, vous imaginez ? On relance un projet mais sans les actions pour la développer. » Cette amoureuse du train trouve que la France est en retard par rapport à ses voisins et n’est pas prête à renoncer. « À bord, on respire différemment : il y a plus d’espace, plus de liberté qu’en avion. Dans un carré, les regards se croisent, les conversations s’invitent, presque naturellement. Et puis, sur ceux de nuit en l’occurrence, il y a toujours ce petit parfum de fête avec les enfants ! » Que les usagers se rassurent, le train semble avoir encore de beaux jours devant lui mais condition d’y mettre les moyens.
A vélo ou à pied, les voyageurs redécouvrent la lenteur. Morgane et Stani, trentenaires parisiens, ont troqué la frénésie des pistes cyclables de la capitale pour trois semaines de route tranquille à travers la Normandie et la Bretagne. « À Paris, on fonce sans cesse. Là, on a pris notre temps : voyager léger, camper, rendre visite à la famille, se laisser porter par les détours. » Des trajets plus longs, mais infiniment plus modestes en CO₂, qui ouvrent aussi plus d’espace à l’imprévu.


Courir derrière les incontournables ou les clichés populaires des réseaux sociaux contribue aux tourisme de masse. Si ces images paraissent séduisantes, elles cachent souvent des paradoxes et une réalité bien différente. Destinations saturées à l’image des îles de Bali et Santorin, habitants agacés comme à Venise et Barcelone, paysages naturels qui s’étiolent comme les falaises d’Etretat et les calanques… La question du voyage dépasse alors l’intime pour devenir collective et donne naissance à de nouveaux mouvements.
Parmi eux, le Slow Travel : l’art de voyager en prenant son temps. Privilégier les rencontres, s’imprégner de la nature et du patrimoine qui nous entoure, tenter des expériences.
Le trajet est alors aussi important que la destination. C’est une invitation à se ressourcer, « à décoller et atterrir » avec beaucoup plus en douceur. Autre alternative, le Staycation venu des Etats-Unis qui propose lui un voyage immobile. Pas besoin de préparer des valises ou de passer des heures sur les sites de réservations. Le voyageur devient le touriste de sa propre ville, de sa propre région. C’est une philosophie qui nous rappelle qu’il n’y a pas forcément besoin de partir loin pour s’émerveiller. Que s’évader démarre à l’intérieur de soi, que ce soit à travers son imaginaire, des histoires ou encore les arts.
Que ce soit à domicile ou au bout du monde, l’idée n’est pas d’être que de passage mais davantage de se sentir comme invité dans un lieu. Respecter les écosystèmes en présence, ne pas laisser de traces, manger local, découvrir un monument avec le guide du village, participer à des expériences comme des ateliers, demander le consentement pour prendre des photos et ne pas tomber dans une forme de folklore… un art de vivre en somme. Certains se perdront dans les vignes françaises, dans les oliveraies marocaines, d’autres apprendront à faire des orrechiette avec des Mamas italiennes. Côté logements, dormir chez l’habitant, dans des établissements hôteliers gérés par des locaux ou encore se fier aux éco-certifications sont de bons repères pour faire votre choix. En faisant des choix conscients, on participe à une forme de solidarité collective, à la fois en favorisant la création d’emplois et en soutenant l’économie locale.
Voyager moins mais mieux, ce n’est pas renoncer mais faire un pas de côté. Etre acteur plus que consommateur avec un regard plus sobre, plus conscient. Le temps des passeports couverts de tampons s’efface peu à peu. Face au réchauffement climatique, l’aventure ne réside plus dans la course aux destinations, mais dans une expérience plus profonde où l’empreinte et l’esprit deviennent plus légers